Notre mémoire se métamorphose au fil du temps. Nos souvenirs deviennent des séquences floues qui s’estompent peu à peu. Je souhaite travailler l’œuvre « Noroît dans l'hippocampe » sur le principe de la volatilité de notre mémoire, qui se décompose en ne nous laissant que d’infimes parties d’images et de sons en mutation. La mémoire peut être prolongée par divers procédés tels que la photographie, l’enregistrement audio et la vidéo. Toutefois, elle n’en reste pas moins effritable et fragmentaire. Par le biais de l’extension photographique et de l’installation médiatique, je souhaite créer un champ de souvenirs.
La mémoire collective des Québécois est concrètement influencée par les médias. Les photographes, les caméramans, les journalistes, les animateurs et les chroniqueurs des organismes médiatiques ont pour mandat de créer des séquences visuelles et sonores qui marquent, malgré nous, notre mémoire, qui marquent notre identité. De ce fait, ces médias influencent notre perception des lieux, des quartiers, des villes...
Les recherches proposées seront présentées sous la forme d’éoliennes à voile de grandeur humaine (voir dessin). Selon des scènes prédéterminées, la vitesse de tournoiement des éoliennes sera contrôlée. Ces éoliennes seront disposées en cercle l’une face à l’autre de sorte que le public doive entrer au centre du cercle venteux afin de voir l’œuvre. Au centre du cercle sera suspendu un fil électrique qui alimentera une lampe d’époque ornée de son abat-jour et qui illuminera partiellement l’oeuvre. Par la pression du vent, la lampe oscillera en créant des ombres portées dans l’espace. C’est donc avec un éclairage partiel que j'offrirai à voir, dans leur mouvement rotatif, les photographies tirées des archives médiatiques qui seront imprimées sur les voiles des hélices. Ces images traceront, en quelque sorte, les contours de la mémoire collective québécoise.
Aux extrémités des pales seront installés des senseurs qui, dès leur arrivée à 90 degrés du sol, activeront un haut-parleur. Chacune de ces éoliennes aura sa propre "radio". Les archives sonores seront modulées en fonction de la vitesse de tournoiement des pales. Plus ces éoliennes tourneront rapidement, plus nous entendrons les archives sonores et moins nous reconnaîtrons les images et vice versa.
Cette installation sera une métaphore de la mémoire visuelle et auditive, un champ de vent, comme celui qui balaye notre mémoire. Le public pourra entendre des archives sonores marquantes recontextualisées et complètement retravaillées, il pourra entrevoir sur les hélices partiellement éclairées, des photographies appartenant à l’histoire collective québécoise.
En tout, cinq « éoliennes » actionnées par des pièces mécaniques seront créées et rassemblées en un même lieu. L’installation photographique et médiatique sera ainsi mise en place pour transposer en matière une allégorie des mémoires visuelles et auditives québécoises.
L'artiste remercie le Conseil des Arts du Canada et le programmePremière Ovation de la Ville de Québec pour l'aide financière accordée, l'Association Avatar et les Productions Recto-Versopour l'aide technique en résidence, Antonio de Braga et Francis Labissonière de l'OEil de Poisson pour leur soutien technique, les Archives de la Ville de Québec, de la Ville de Montréal et de la Ville de Rouyn-Noranda pour leur dévouement.